Se retrouver dans une discussion golf quand on ne maîtrise pas le sujet est une lourde peine. Pour ne pas passer pour le François Pignon de la soirée, voilà quelques antisèches qui vous permettront de pallier les silences avec les plus grands passionnés.

Un joueur français, Maxence Giboudot, se cache sur cette photo. © Shi Tang / Getty Images - AFP

Habituellement, lorsque le golf arrive dans les sujets de discussions de soirée, ce n’est pas pour en parler toujours très sérieusement. Il y a ce pote aux idées toutes faites qui coupera court à l’échange en disant que « de toute façon, c’est un sport de vieux et de riches. » Il y en a un autre qui se demandera ce que devient Tiger Woods depuis sa victoire au « tournoi d’Augusta là, tu sais celui où ils font des ricochets sur l’eau et où un Espagnol a mis la balle dans le trou une fois. » Et puis parfois, un convive jouera avec un tee qu’il aura sorti de sa poche. Il grattera la pointe de celui-ci pour enlever le résidu de terre qui le salit. Il le lancera de temps à autres, le faisant tournoyer en l’air comme s’il venait d’être giflé par un coup de driver sans retenue. Cet oiseau rare, c’est un vrai passionné. Ou une vraie amoureuse d’ailleurs. À ce moment-là vous saurez que c’est vers lui ou elle qu’il faut vous diriger. Parce que votre mission c’est de l’impressionner.

Le point sur les pros français

Là, on est déjà sur de l’information qui donne pas mal de contenance. Le golf en France est encore un sport de niche bien qu’il soit pratiqué par plus de 440 000 personnes dans le pays (encore une info à glisser). Et connaître l’actualité de ceux qui le représentent dans le monde pro en dit long sur vous. Ce n’est pas forcément su par le grand public, mais les Français se débrouillent bien en golf. Et particulièrement ces dernières années. Pour étayer l’argumentaire, il faut définir un peu le contexte. Chez les hommes comme chez les femmes, il y a deux grands circuits majeurs dans le monde : celui des États-Unis, et celui qui est plus international, réparti entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie. À l’instar de la NBA au basket, la plupart des golfeurs tricolores espèrent un jour évoluer de l’autre côté de l’Atlantique. Ce qui ne veut pas dire que ceux qui n’y sont pas sont moins bons, attention !

Donc pour appuyer votre discours, il est de bon augure de dire que « ça va dans la bonne direction. D’ailleurs Rozner en est encore la preuve ! » Antoine Rozner, c’est le dernier exemple en date. C’est un joueur qui est parvenu à intégrer le championnat américain cette année aux côtés de deux autres Tricolores déjà présents là-bas, Matthieu Pavon et Victor Pérez. Au 27 février, les deux « anciens » sont dans le top 100 mondial (43e et 96e) tandis que le nouvel arrivant est 130e. Et puis ça se passe tout aussi bien pour ceux qui naviguent entre l’Europe et le reste du monde : les Romain Langasque, Adrien Saddier, Ugo Coussaud, Julien Guerrier, Frédéric Lacroix et autres David Ravetto sont tous parmi les 250 meilleurs joueurs de la planète. D’ailleurs les trois derniers cités ont remporté leur premier titre sur le DP World Tour l’an passé.

Le ticket d'or : Boutier

Pour marquer des points auprès de votre public, il faut absolument mentionner Céline Boutier. C’est la figure de proue du golf français. Elle a remporté un tournoi Majeur en 2023, The Amundi Evian Championship (l’équivalent de Roland Garros) et est montée jusqu’au 3e rang mondial cette même année. D'ailleurs, vous pouvez dire que vous avez regardé l'incroyable documentaire, Force Intérieure, qui retrace son année et terminer en disant que « ça valait bien un Oscar, un César ou un Bafta. »

Les Français ok, et les autres ?

Une fois la liste des Français passée, il va falloir confirmer avec les internationaux. Évidemment, on ne peut pas couvrir l’ensemble des athlètes de la planète golf mais toujours est-il que si Rory McIlroy, Nelly Korda, Angel Ayora ou Patrick Reed tombent sur la table, l’occasion est parfaite pour nourrir la discussion d’une petite anecdote. Les deux premiers sont très connus, le troisième est un jeune à suivre, et le dernier… disons qu’il n’est pas le symbole du fair-play. L’essentiel est là. En revanche, si on vous parle de quelqu’un d’autre, vous serez sans filet. Et si jamais la discussion ne tourne qu’autour des quatre noms suivants, c’est que cette antisèche aura circulé…

© ffgolf

Passer pour un geek en parlant du TrackMan

Là on touche un sujet qui va en bluffer un paquet. De la même manière qu’au tennis, un moniteur permet de mesurer la vitesse du service et de déterminer précisément si la balle a touché la ligne ou non, il en existe un au golf qui permet de décrypter bien plus. Le TrackMan - c’est son nom - est un boîtier orange de 30 cm de haut et de large dans lequel deux radars sont installés : un pour la balle et un pour le club. De là, on peut tout mesurer : la vitesse du club, celle de la balle, l’angle de décollage, la distance et la hauteur atteinte par la balle, son nombre de rotations par minute… Ce n’est là qu’une infime énumération des possibilités. Et c’est grâce à lui que les diffuseurs TV sont capables de représenter la trajectoire de la balle en temps réel.

Et c’est là que vous intervenez : « C’est surtout l’outil n° 1 des joueurs et des coachs. » Enfin, pour assoir vos connaissances, il est toujours efficace de glisser son prix : 25 000 euros (oui, la technologie a un prix). Et avant que votre pote ne se précipite pour un tacle glissé sur l’aspect pécuniaire du golf, coupez-lui l’herbe sous le pied en avançant que « c’est avant tout un truc pour les pros. »

Comment amener le sujet ?

Comme on l’a fait avec le tennis. Marche aussi avec l’arbitrage vidéo du rugby et du football.

Les drapeaux se suivent mais…

Ça, c’est pour votre culture personnelle. Personne n’en parle car personne n’y pense vraiment non plus. Au golf, un trou ne se joue jamais dans les mêmes conditions. Il y a les aléas météorologiques oui, mais il y aussi les choix de l’organisation du tournoi, notamment sur l'emplacement des drapeaux et des départs. Pour chacun des 18 trous, que ce soit sur un par 3 ou un par 5, la position du drapeau change tous les jours. Et celle des départs aussi. Un système qui permet de rendre l'exercice plus ou moins long, plus ou moins difficile et de changer la stratégie envisagée par les joueurs.

© ffgolf

« Plus loin que la nuit et le jour »

Avec ce sujet, vous avez l’occasion de finir avec un débat sur la qualité de vie d’un golfeur pro. Comme beaucoup d’athlètes de haut niveau, le golfeur est amené à parcourir le monde. D’abord parce que le golf est un sport qui suit le soleil. Et parce qu’il y a énormément de tournois inscrits au calendrier des différents circuits. Aux États-Unis, par exemple, le total de rendez-vous pour la saison masculine 2025 monte à 45 (contre 34 chez les dames). Soit près d’un événement par semaine dans l’année ! Aucun joueur ne les joue tous bien sûr, mais le rythme reste élevé de manière générale. Pour Rory McIlroy (vous le connaissez maintenant), les valises ont été faites à 25 reprises, à raison d’une semaine complète pour chaque déplacement. Et encore, le Nord-Irlandais est une exception parmi les joueurs du top 10 mondial…

Parce que, comme dans la plupart des sports individuels, il y a un rythme pour le gratin mondial et un autre, plus intense, pour ceux qui cherchent à les rejoindre. Pour résumer : plus un joueur participe à de très gros tournois, moins il a besoin de courir après les points mondiaux pour devenir n° 1 et donc, moins il se déplace. Un peu à la manière d’un Novak Djokovic au tennis. À titre de comparaison, Scottie Scheffler, le n° 1 mondial au golf, a joué 20 tournois en 2024 contre 28 pour David Ravetto, 183e joueur mondial. Et quand il ne joue pas, il s’entraîne : sacré rythme de vie ! Alors pour le débat : « Ça donne envie ou pas ? » À vous de penser aux contraintes : décalage horaire, confort, solitude, mal du pays… Vous avez trois heures.

Voilà qui devrait vous permettre survivre dans une première discussion golf. Et si vous voulez devenir vraiment injouable, on vous conseille de jeter un œil sur la série « Pourquoi ? » tenue par William Lecoq. Il est notre Samuel Étienne à nous - ou notre Julien Lepers selon la génération - et il se pose régulièrement des questions dont même les golfeurs n’ont pas toujours la réponse ; sauf lui bien sûr.


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